Religion et cohésion sociale

Religion et cohésion sociale

Religion

« Le Croyant est heureux, le sceptique est sage » (proverbe Hongrois)

De tout temps, l'être humain croit en une destinée, en un demain. Ce besoin poussant l'individu à survivre a fondé les religions autour des questions concernant l'au-delà, le monde des morts. Univers étonnant à la fois repoussant et attirant. Qu'existe-t-il après la vie ? Idées fondatrices des civilisations antiques, d'arts anciens, d'une étonnante cohésion sociale dans laquelle la Religion prend soin de contribuer à l'équilibre et au bon fonctionnement de sa sphère d'influence. Illimité dans ses interprétations du monde, elle fut l'auteur des pyramides, des temples Incas. Arts religieux par excellence. Ils dépassent la nature pour se rapprocher des Dieux, les tombeaux égyptiens en sont des exemples. Néanmoins, l'histoire nous montre que les civilisations basées sur les croyances s'effondrent, disparaissent tout comme les modes : elles ne sont qu'éphémères devant l'action du temps. Par conséquent, nous pouvons nous demander si la religion ne se voit pas limitée à une fonction de groupement mais aussi à une fonction de division. En somme de toute chose à la définition de l'alchimie : « une personne ne peut rien gagner sans perdre quelque chose. Pour gagner une chose, il en faut une autre d'une valeur équivalente ». Dès lors, comment peut-on définir la religion ? En quoi est-elle source de formation et source de réduction ? Autant de questions auxquelles nous tenterons de répondre dans différentes parties. Par leurs visualisations successives, nous serons amenés à voir les incohérences religieuses.

La religion est avant tout ancrée dans la définition de l'humain. Les animaux préméditent leur mort alors que les Hommes en ont conscience. La croyance forme avant tout des bases éducatives comprenant un ensemble de valeurs dont la liberté, l'égalité, le respect. Dans certaines, des rites se voient enseignés aux futurs adeptes tels que la prière lors des repas, autant de manières pouvant par la suite s'inclure dans les cultures traditionnelles avec, par exemple, l'interdiction de mettre les coudes sur la table, ou mieux ne pas planter ses baguettes dans les bols de riz (coutume japonaise). N'est-elle qu'une source d'apprentissage ? A la vue des religions, non. Sa définition ne se limite pas à un ancrer des valeurs au sein même de l'individu. Elle lui propose sa propre dimension en imposant un Dieu, dans le cas des religions monothéistes, ou des Dieux, dans celles polythéistes, servant de modèle, de repère. Dans cette perspective, le croyant appartient au plan ordonné selon une droite définie par les entités divines : elles visent à le rassurer en lui montrant qu'il existe, qu'il dispose d'un avenir supposé heureux (Paradis), il n'est donc pas oublié ou laissé pour compte. Par exemple, chez les Chrétiens, chaque être vivant se voit être enfant de Dieu. Dieu joue aussi le rôle d'un père, d'un éducateur dont l'image nette se reflète dans les prières : « Notre père qui est aux cieux ». Dès lors, la confession peut être perçue comme une avancé, comme un progrès de l'être : en effet, il prend conscience de ses erreurs en les avouant. Cette avancé amplifie la notion d'espoir : le croyant continue d'espérer l'obtention d'une faveur divine : la vie après la mort, même dans des conjectures invivables voire éprouvantes corporellement (famine, guerre) car ses difficultés sont perçues comme des épreuves de Dieu ou des Dieux qu'il faut surmonter. De surcroît, pour pouvoir y arriver, il faut croire aux dessins de ou des entités divines. Il faut donc avoir la foi dans la religion pratiquée. Ici, la religion prend appuis non pas sur la cohésion sociale mais sur la formation de l'entité individuelle en fonction d'un référentiel. Par ailleurs, la religion ne se contente pas d'aider, elle se pose en véritable médiateur concernant la volonté humaine en moralisant l'espèce. Comment peut-on justement expliquer les entreprises religieuses significatives d'une cohésion sociale ? Les institutions semblent être un début de réponse : elles régularisent les désirs en les considérant comme bon ou mauvais.

La religion n'est donc pas uniquement basée sur l'être, elle se voit aussi instaurée par des institutions dont la plus puissante aujourd'hui reste le Vatican. Les religions les plus importantes : Christianisme, Protestantisme, Judaïsme, Islamisme se basent sur des textes dont la Bible, le Coran, l'ancien et le nouveau testament. Leurs institutions se servent des interprétations des textes pour exister, confirmant la multiplicité des croyances. L'interprétation représente un réel danger et peut aller jusqu'à bafouer des droits fondamentaux. L'actualité pointe du doigts la situation des femmes dans les pays musulmans avec le port du voile et leur condition réduite à celle de l'objet. Dès lors, commence le fanatisme : croire sans douter dans les institutions. Quels en sont les dangers ? Largement exprimé le 11 septembre 20011 dans les attentats, la guerre sainte met en avant les risques d'une fanatisation du mouvement. Les institutions imposent ici des ordres, à la place de philosophies de vies, puisqu'elles pensent à la place des croyants ce qui est juste pour obtenir la faveur divine. Conséquence logique : tout rite non régularisé par les institutions sont déclarés comme profanes. Ils se voient donc bannis voire punis dans certaines religions. La régression des sciences du Moyen-Âge confirme cette idée : l'utilisation de plantes de la nature pour soigner les malades était considéré comme preuve de sorcellerie : seul Dieu pouvait soigner. Néanmoins, et il ne faut pas l'oublier, que les religions d'aujourd'hui, celles qui savent se lier aux sociétés, participent depuis des décennies, des siècles à des oeuvres caritatives basées sur les donations des pratiquants. Certaines associations comme le "Secours catholique" montre bien la participation active de la religion dans l'aide internationale. Par conséquent, la religion sert aussi à former des sociétés, des groupements d'êtres humains. Un facteur de cohésion religieuse autour de convictions personnelles. Dès lors, nous pouvons nous demander comment les religions ont-elles réussi à réunir autant de membres, d'adeptes.

Les institutions ont compté de plus en plus de croyants en suivant quatre plans de développement. Le schéma suit le même que l'essor d'une entreprise : développement des idées fondatrices, des valeurs, développement de la cohésion des membres, développement par l'action du temps, et développement des zones de contacts, essor de la communication. Les idées directrices correspondent à la mise en place d'entités divines dont l'existence ne pourra jamais être justifiée par raisonnement ou questions morales - puisque l'être humain pour survivre doit croire, veut croire - , ainsi qu'une mise en place de droits communs dont le respect, valeur fondamentale puisque sans respect reconnaître la liberté d'autrui est impossible, et la dernière idée (commune à la majorité des religions dominantes) : celle d'une vie après la mort. Ensuite, la cohésion s'obtient par la capacité à rassurer. En effet l'être humain en décalage avec son époque doit se rattacher à quelque chose : les nouvelles technologies sont "trop modernes", et souvent mal vues. Il y a aujourd'hui une volonté de se replier dans les anciennes valeurs. Le cas de l'avortement reste l'un des plus flagrant avec les questions éthiques. La science peut, la religion appose son veto. Là où la science se dirige, soit vers l'infini, la religion pose ses limites, elle modère les découvertes. Cette cohésion se forme donc autour d'un mode de vie plus juste, mieux adapté au monde moderne, tout du moins considéré comme tel par les pratiquants puisque la vérité peut être différente. En effet, les témoins de Jéhovah refusent toute intervention ayant un rapport entre des mélanges de corps étrangers bannissant ainsi les transfusions sanguines, les greffes etc. Elles correspondent donc quelques fois à des "adaptations" en contradiction avec les moeurs sociétaires. Puisque sauver un individu peut être plus fort que ses convictions religieuses.

Ensuite, l'histoire met en place un développement progressif basé sur l'expansion des idées dans le monde. Au fil des siècles, des religions se sont mises en avant via leurs arts : les pyramides Egyptiennes, les tombeaux, les symboles. Les arts religieux servent à assurer une preuve d'un vécu, une pérennité ainsi qu'un savoir faire. La croyance religieuse développe donc les arts comme un moyen de se rapprocher de Dieu, une symbolique subtile pour montrer à autrui son appartenance, ses convictions personnelles. Elle développe donc en parallèle d'une cohésion sociale des arts, un ciment commun, englué par les valeurs morales. De plus, les bâtiments religieux implantés sur les territoires mettent en avant les conquêtes. Le fait qu'aujourd'hui, il n'existe pas de ville sans temples, sans églises, sans mosquées, met en avant l'universalité du verbe croire. Ces enceintes marquent à elles seules la volonté des croyants à imposer un modèle d'une manière plus ou moins brutale (croisade, les Missions). L'histoire permet également au religion d'avoir des emblèmes. Ces derniers, bien souvent des martyrs, affichaient une foi puissante, déterminante permettant de palier à toutes les difficultés de la vie. Par ailleurs, l'action du temps s'allie aux générations : être croyant devient une sorte de coutume, de tradition dans laquelle l'individu se voit imposé une religion dès sa naissance et ne peut en changer. Il se voit obligé de suivre le modèle des parents. En ce sens, la religion n'est plus un choix, elle est imposée, obligatoire, se transformant en devoir.

Et le dernier type permettant le développement est basé sur la communication. Aujourd'hui, tout passe par la médiatisation mais il ne s'agit pas du seul moyen : les associations humanitaires participent à l'aide internationale en brandissant le drapeau de la religion. Elles participent de manière concrète, lors de catastrophes naturelles, dernièrement les cyclones de fin d'été aux USA, au Mexique, par la redistribution des dons pour nourrir la population en difficulté. Elles n'apportent pas qu'une aide financière, mais également une aide morale en véhiculant des messages de paix dans le monde en s'opposant aux guerres, en participant aux actions affirmant la liberté individuelle. N'oublions pas les actions terroristes qui très médiatisés montrent les convictions religieuses, la puissance de la foi (étape des martyrs). Elle aspire à rassembler des fidèles par des actions destinées à montrer la puissance (souvent destructrices).

L'ensemble de ses facteurs de développement, la religion semble être une force de cohésion positive en excluant les formes extrêmes de fanatisme, les terroristes. Cette force participe à l'évolution du monde actuel. Elle ne renie plus les sciences comme autrefois mais souhaite et réclame une utilisation modérée. Néanmoins et après le principe d'équivalence, nous pouvons nous demander s'il n'existe pas un revers de la médaille ?

Les religions sont comme toute chose soumise au regard critique individuel. A notre liber arbitre. Dès lors, certaines idées peuvent rebuter voire effrayer (comme l'interdiction à l'avortement), certaines pratiques peuvent repousser (sacrifices) et certains faits historiques peuvent remettre en question le bien-fondé d'une religion (les croisades). Il faut voir que certaines idées ont été imposées de manière brutale à des civilisation, comme lors de la colonisation, que d'autres comme le nazisme ont participé aux génocides de peuples entiers (tributs, juifs ...). Certaines religions vont même à l'encontre des droits instaurés par la société tels qu'en France avec le droit à l'avortement. Cette divergence d'opinion montre un début d'éclatement au sein de la société et / ou de la religion. Dans ce contexte, la religion détruit des repères élémentaires laissant un choix au croyant, souvent difficile à effectuer.Ce schéma ressemble point pour point à un double discours parental où l'enfant ne sait plus que penser et surtout en qui il peut avoir confiance. Afin de garder un ciment fort entre les membres, certaines sectes se sont largement radicalisées en pratiquant un bourrage de crâne permanent ou en formant des lobbies afin d'avoir main mise sur les actions de l'état. Un déclin évident du pouvoir décisionnel des religions, des croyances.

Le déclin et let manque de cohésion sociale exprime également dans les actes des institutions. Les cas de pédophilie chez les prêtes noircissent l'image des religieux et surtout de leurs enseignes. Sans compter le fait que l'Homme soit un éternel égocentrique, l'atteinte d'une cohésion sociale parfaite siège dans l'utopie : elle risque de détruire toute forme de liberté, de dénaturer les rapports humains comme dans Equilibrium. Les religions peuvent ainsi tendre vers un optimum de cohésion, mais jamais vers un maximum sous risque d'implosion.

Par conséquent, les religions ont été et demeurent encore aujourd'hui une source de cohésion sociale optimale. Elles regroupent à elles-seule quantité de croyants, de pratiquants. Néanmoins, il ne faut pas oublier qu'elles fondent à l'intérieur des Etats des micro-états dont les valeurs morales différent. Une guerre individuelle réside donc aujourd'hui en chaque croyant : faut-il suivre la société, la religion ou un peu des deux ? Les uns choisissant la modération tandis que d'autres le fanatisme. La religion n'est donc qu'une bombe à retardement : elle se remplit du nécessaire puis explose. Elle forme donc un modèle de cohésion sociale, de formation de l'individu, et développant par la même occasion des arts, des techniques, des savoirs faire. Dès lors, il ne faut pas renier la croyance, puisque malgré les apparences, elle agit sur certains individus comme une thérapie. Chaque personne doit trouver un moyen pour se combler et trouver bonheur. Du moment que personne ne se voit être en danger bien sûr. De surcroît, comme croire est personnel ne serait-il pas plus juste, plus sincère, plus réaliste de dire à la place de "Dieu" : "Je" ?